BYE​-​BYE, DICTATORS !

by Hank Harry

supported by
/
  • Streaming + Download

    Includes unlimited streaming via the free Bandcamp app, plus high-quality download in MP3, FLAC and more.

      €2 EUR  or more

     

  • Comes in a high quality images pack with original artwork by Julien Kedryna, a high quality vinyl and a compact disc. Livraison KIALA !

    Includes unlimited streaming of BYE-BYE, DICTATORS ! via the free Bandcamp app, plus high-quality download in MP3, FLAC and more.
    ships out within 3 days
    edition of 250 

      €10 EUR or more 

     

1.
2.
03:47
3.
4.
5.
6.
03:43
7.
03:44
8.
9.
10.
11.
12.
05:19

about

Son précédent album – The Girl of My Dreams (2006) – était un gros clin d'œil à son premier – The Boy of Your Dreams (1999). Se méfier pourtant de cette trompeuse symétrie : la boucle était certes bouclée – de nouveau basé à Liège, Hank Harry renouait par ailleurs avec l'autoproduction – mais la terre avait tourné. Retour aux sources, d'accord, retour en fanfare, pour sûr, retour à la case départ, certainement pas. Riche de l'expérience engrangée en sept années de bourlingue, Hank Harry plantait sa tente aux antipodes de la country cracra sur laquelle il s'était fait les dents, établissant son nouveau camp de base aux confins d'une terra incognita, entre électro léchée et folk funky, dont il se propose aujourd'hui, l'esprit plus pionnier que jamais, de poursuivre l'exploration.

Malin, lucide, Hank Harry a très vite compris le danger qui guettait les artistes étiquetés lo-fi dans les années 1990. Là où beaucoup d'entre eux, rois fainéants, s'assoupirent pour de bon, il s'arracha dès qu'il le put à ce culte de l'indigence sonore qui perdit très tôt tout caractère subversif. Maté sans état d’âme, le souffle du 4-pistes ; refourgué sur eBay, le Casio aux rythmes claudicants ; amadouées, ces démangeaisons de l'âme qui, au lendemain de folles bitures, voyaient le cow-boy urbain s'acharner sur sa guitare comme sur un méchant psoriasis. Des vertus thérapeutiques du Powerbook et de la souris sans fil : ses visions, Hank Harry les poursuit désormais à sa main, en pantoufles si ça lui chante et, surtout, en haute fidélité, sans cette couche de crasse qui n'apportait plus rien à une écriture affermie, toujours aussi catchy mais de plus en plus raffinée.

Son dernier-né, Bye Bye, Dictators!, confirme une intuition tenace des derniers mois, alimentée par les albums fascinants de Fever Ray ou de Circlesquare : dans un paysage musical où les hypes les plus risibles (Sliimy ?!?) succèdent aux plus oiseux des revivals (le shoegazing, c’était définitivement mieux en 1992), dans un univers pop où l'on a trop souvent l'impression que tout a déjà été écrit, coupé, copié, collé, vomi et digéré, le salut viendra de ces chambrettes – suédoises, berlinoises, liégeoises – que des outsiders ont converties en laboratoires clandestins, de ces antres exigus où des obsédés masqués sacrifient leurs nuits à croiser, à tordre et à filtrer les notes, les beats, les rimes et les bruits comme autant de fioles fumeuses et de polymères gluants. Jusqu'à présent, l'année 2009 ne vaut guère que pour cette poignée de disques autarciques et visionnaires, incapables de choisir entre actes de résistance et expériences de chimie, do it yourself et dernier cri technologique, esprit punk et outils geek.

Hank Harry se débrouille donc très bien tout seul, merci pour lui. Des machines amies se proposent aujourd'hui de canaliser une imagination que l'on savait débordante, elles endiguent vaillamment, elles dirigent sans fléchir ce flux intarissable d'idées, généralement brillantes, pour en tirer d’harmonieuses miniatures où ronces organiques et rondeurs synthétiques, évidence mélodique et déconstruction rythmique, confessions intimes et fulgurances dadaïstes se nourrissent, se percutent et s’imbriquent jusqu'à ce qu'on ne sache plus très bien à quelle école – songwriting épuré ou bidouille baroque ? – appartiennent ces chansons. Comme si – scoop de ouf, gros fantasmes persos – Daniel Johnston et Squarepusher, Chris Knox et Timbaland, Johnny Cash, Pierre La Police et Donkey Kong se révélaient n'être qu'une seule et même personne.

Peut-être certains conservent-ils du bonhomme l'image d'un doux-dingue déconneur, le souvenir d'un dilettante débonnaire ; deux titres suffiront à leur apporter un démenti cinglant. On se prend direct dans les dents Power! Justice! Money!, grisante tournerie dont le tempo véloce et élastique évoque autant le funk digital du pois sauteur Max Tundra que les horlogeries loufoques et moustachues de Yello. Sur l’autre face, plus fort encore, il y a ce Disco D. qui décrit par le menu une folle virée dans un dancing pour dictateurs en goguette : on parie les dix Juifs qui se cachent sous le plancher que ce namedropping effarant (capable de faire rimer Idin Amin Dada et darla dirla dada !), que ce cocktail de gaz moutarde et de gaz hilarant, que ce groove tyrannique aux basses belliqueuses, que cette arme de destruction massive des articulations réduira en poudre extra-fine les rotules des danseurs les plus récalcitrants.

Derrière ces deux locomotives puissantes, c'est un petit train bariolé qui zigzague et louvoie, convoi disparate où l'acier profilé côtoie le bois verni, utopie cartoonesque qui s'amuse à propulser des wagonnets western sur des lignes à grande vitesse. Car, entre l'ancien et le moderne, l'intime et le burlesque, l'élégiaque et le sadique, Hank Harry ne choisit pas, ne choisit plus, s'adonnant avec la même flamme à son amour du nonsense, à sa passion de l'expérimentation et à sa fibre sentimentale. Complainte déchirante (I Miss All My Friends), ritournelles 8-bit (Right Now, Freedom Fighters), composition pour aquarium, boules de billard et synthétiseurs vintage (Once Again) sont les pièces enchevêtrées d'un même puzzle bigarré.

Gaffe, cependant : Bye Bye, Dictators! est plus qu’un bon disque, bien ficelé, bien fichu. C’est aussi, c'est d'abord un beau disque, délicat et émouvant. Branchant ses jouets hi-tech sur son cœur d’artichaut, soufflant dans ses chansons l'air chaud de sa grosse voix tendre, Hank Harry parvient à donner un ton et une âme à ce qui, chez de moins délicats, de plus balourds, n’aurait été qu’un foutoir sans queue ni tête, un bordel soûlant. Comme Hergé, comme Tati ou les Young Marble Giants, la sophistication de son univers ne nuit jamais à la lisibilité des nouvelles qu'il nous en donne et chaque détail – au hasard : la guitare decrescendo de Where Why When, les chœurs en papier crépon de Talk to You... – semble miraculeusement à sa place. On est épaté de constater combien ces chansons aguicheuses se révèlent également longues en bouche, et surpris de voir ces refrains, que l'on sait énormes, s'avancer à tous les coups sur la pointe des patins. Bye Bye, Dictators! est une malle entrouverte dans des ténèbres rupestres, un trésor planqué tout au fond d'un océan : pour prendre la mesure de son opulence, il faut oser s'y enfoncer, plonger tête la première et se laisser couler.

Il y a beaucoup de jeu dans cette musique, mais très peu d'insouciance : avec ses arrangements piégés et ses textes désarmants, ses gags mélancoliques et ses mélodies à siffloter sous la douche froide, Hank Harry réussit un disque complexe, aux contradictions infiniment touchantes, tiraillé entre l'excitation et l'amertume, le rush et le blues, le petit nuage et le gros bourdon. Ses grandes giclées flashy, il les balance sur un fond fuligineux, noir d'encre. Ses pirouettes, ses cabrioles, il les exécute au milieu d'un champ de chardons. Ses Lego rouges, jaunes, bleus, il en fait des cénotaphes, des mausolées (Bye-Bye, Teenage Boy). Signant, du coup, l'un des disques les plus justes qu’il nous ait été donné d’entendre sur ce marigot dans lequel nous pataugeons tous plus ou moins, nous les enfants de Steve Austin et de Super Mario, bourbier aux reflets arc-en-ciel, champ de ruines aux arêtes sournoisement adoucies par le smog pastel d'une nostalgie vénéneuse, morne fagne où les rares taches de couleur sont ces lambeaux d’enfance qui claquent au vent, accrochés obstinément aux barbelés de l’âge adulte.

Michel Heynen (K-web)

credits

released September 9, 2009

artwork by Julien Kedryna

tags

license

all rights reserved